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Introduction de L’analyse des pratiques professionnelles Dans la formation initiale et continue pour/dans les métiers de la santé

Introduction
En tant qu’enseignants formateurs, nous sommes amenés à accompagner les étudiants à analyser des situations vécues pendant leurs stages. Lors des séances dédiées à l’analyse des pratiques professionnelles (APP) au niveau des Instituts Nationaux Supérieurs de la formation paramédicale et des sages-femmes , nous avons pu ressortir et identifier auprès des apprenants toutes les situations professionnelles vécues sur le terrain qui s’avèrent, à leur tour, souvent porteuses d’expériences et de savoirs. Cet article a pour objectif de mettre en relief l’importance et la pertinence de l’APP dans la formation initiale et continue dans le secteur de la santé.
Mots-clés
Formation, stages, situations, analyse des pratiques, professionnalisation
Catégorie d’article
Texte de réflexion en lien avec les pratiques pédagogiques du formateur
L’introduction de l’analyse des pratiques professionnelles dans la formation paramédicale et des sages-femmes n’est pas anodine, les changements radicaux qui l’ont pensés et conçus la rendent plus que nécessaire voire un levier incontournable dans les enseignements cliniques et diagnostics de soins généraux et de techniques maïeutiques. Ainsi, elle facilite, énormément, aux formateurs-enseignants le suivi des étudiants dans les stages ; elle permet aussi de revoir des situations d’appel vécues par les stagiaires assujettis à la dite analyse de la situation et d’effectuer un retour sur l’action réalisée. Cependant, une confrontation des groupes d’analyse des pratiques professionnelles (GAPP) est souvent impérieuse pour opérer d’éventuels et nécessaires réajustements des pratiques de l’apprenant avant son transfert dans le milieu professionnel.
Nous avancerons l’idée qu’il s’agit là d’une formation d’accompagnement pédagogique et technique pouvant s’intégrer dans une démarche de formation initiale ou continue. Cette formation diffère certes des scénarios habituels, (stages, séminaires, conférences pédagogiques, etc.), mais dont la cohérence avec les théories d’apprentissage, aujourd’hui préconisées dans le milieu de l’enseignement, est évidente.
Contribution de l’analyse des pratiques à la professionnalisation
L’analyse des pratiques permet le développement de certaines compétences et semble être bien utilisée comme moyen méthodologique et didactique avéré par de nombreux promoteurs de ces dispositifs. D’ailleurs, L’auto-analyse des pratiques par le futur professionnel lui permet d’en tirer d’autres approches d’apprentissage et d’écoute, car, d’une part, le dispositif d’application est collectif et, d’autre part, l’incitation à co-construire, par anticipation, de nouvelles attitudes praticiennes. C’est une manière efficace de susciter l’apprenant à prendre du recul par rapport à ses pratiques et à cerner un apprentissage à partir de ses activités professionnelles durant ses stages. Nous pourrions appeler compétence de processus toute compétence développée à la lumière de l’exécution de l’exercice effectif d’analyse de ses pratiques, c’est à dire une compétence orientée vers l’analyse de ses actions.
Actuellement, une telle compétence est fortement valorisée dans les systèmes de travail, puisqu’elle permet de rendre le professionnel moins « rigide ou figé » ; en d’autres termes, lui octroyer la capacité de changer plus facilement ses modes opératoires. Néanmoins, Nous tenons à défendre et à argumenter l’idée ou la thèse selon laquelle l’analyse des pratiques participe ainsi de la professionnalisation des individus prédestinés à la formation au sens large du terme.

Mais comment définit-on la professionnalisation ?

Le mot “ professionnalisation ” revêt trois sens différents :
- la professionnalisation des activités, au sens de l’organisation sociale d’un ensemble d’activités (création de règles d’exercice de ces activités, reconnaissance sociale de leur utilité, construction de programmes de formation à ces activités,…) ;
- la professionnalisation des organisations, au sens de la construction d’un discours par l’organisation sur elle-même (formalisation des règles de gestion,…)
- la professionnalisation des acteurs, au sens à la fois de la transmission/production de savoirs et de compétences - considérées comme nécessaires pour exercer la profession et de la construction d’une identité du futur professionnel.

La professionnalisation est donc soit un processus de négociation, par le jeu des groupes sociaux, en vue de faire reconnaître l’autonomie et la spécificité d’un ensemble d’activités, soit un processus de formation d’individus aux contenus d’une profession existante. Dans le premier cas, il s’agit de construire une nouvelle représentation d’un vécu professionnel, et dans le second de former des individus à une profession existante.

Détermination de la situation et de la spécificité de l’analyse des pratiques dans la conception de la professionnalisation par la formation et le travail

Les différentes phases d’une séance d’analyse des pratiques professionnelles

En première phase, le travail réalisé lors d’ateliers d’analyse de pratiques, en groupe (GAPP) de 15 étudiants environ et suivant une méthodologie spécifique, celle de Patrick Robo, à savoir : choix d’une situation par le groupe, présentation par l’apprenant des éléments significatifs de celle-ci et éventuellement une interpellation, questionnement du groupe, hypothèses explicatives et synthèse réalisée par l’étudiant ayant proposé la situation.
Une dernière phase méta, portant sur le travail d’analyse, peut être réalisée. Il est important de préciser que ce travail d’analyse n’est pas une analyse de situation ou résolution de problèmes, mais s’intéresse à l’étudiant en tant qu’acteur dans sa situation.
En second lieu, les situations qui font lien avec des moments vécus lors des stages par les étudiants, portant sur des thématiques préalablement déterminées par l’équipe pédagogique formatrice.
Par exemple : l’accompagnement d’un patient en fin de vie et de sa famille, la confrontation à la maladie grave ou chronique, l’agressivité, la prise en charge d’une urgence vitale , le refus de soins, le secret professionnel ou la gestion de conflits interpersonnels, l’élaboration d’un projet de soins, la réalisation d’activités de soins, etc.…
-  En moyenne, une vingtaine de séances sont généralement proposées dans l’année.
-  Chaque séance dure au maximum 1h15mn
-  Chaque séance est cadrée, délimitée par le temps (minutée), les phases (4-6), le contenu (situation professionnelle, éducative ou de formation) ainsi que des règles de prise de parole et de respect des participants et du fonctionnement.
- 

Les étapes successives

 Le rappel des principes et du fonctionnement du GAPP (0-5 minutes) et le choix de la situation qui sera exposée ;
 L’exposé d’une situation par un exposant volontaire (10-15 minutes) ;
 Les questions des participants (15-45 minutes) ;
 L’émission d’hypothèses pour aider à analyser, à comprendre la situation ou à induire la recherche du modifiable (15-45 minutes) ;
 la reprise de parole de l’exposant (0-5 minutes) ;
 l’analyse du fonctionnement, sauf le cas exposé (5-30 minutes).
L’animation-régulation devrait être assurée par un animateur compétent et volontaire

Analyse des pratiques professionnelles levier dans les pratiques pédagogiques des formateurs
Ce dispositif de formation est intéressant à divers titres. Nous en retiendrons quelques-uns :
 la production de savoirs de la pratique favorisant sa théorisation.
 la démultiplication par des formateurs ayant eux-mêmes fait l’analyse de pratiques professionnelles.
 la centration sur des personnes engagées.
 la mise en œuvre avec des moyens existants.
 la souplesse et l’adaptabilité organisationnelles.
 la professionnalisation de chacun par les effets produits sur tous les participants ;
 la problématisation : l’étudiant s’appui à travers ce courant à se questionner et ainsi construire son projet professionnel.
 La réflexivité est une finalité attendue chez les futurs professionnels.

En conclusion, l’analyse de pratiques professionnelles semble bien remplir plusieurs fonctions. L’analyse rétrospective permet de mettre à jour les pratiques professionnelles souvent ignorées (par l’environnement de travail) contribuant ainsi à faire émerger le système d’expertise d’une profession (et ainsi parfois à construire les nouveaux contours pendant la formation). Cette analyse rétrospective suscite également le développement de savoirs partagés (entre les apprenants du groupe) et des apprentissages individuels (apprendre de la mise à jour de sa pratique). Quant à l’analyse anticipatrice de changements, à propos des pratiques, elle assure une fonction de production d’une identité de groupe qui se révèle comme un levier moteur, entre les apprenants-analystes et le formateur ; elle permet également de définir de nouveaux savoirs d’action professionnels qui constituent les contours d’une nouvelle professionnalité. L’analyse des pratiques, qu’elle soit rétrospective ou anticipatrice, permet aux formés de développer des compétences de processus qui lui permettent de gérer ses pratiques. Les démarches d’analyse de pratiques constituent donc des moyens de professionnalisation ou de « reprofessionnalisation » tant des activités que des individus. Elles remplissent conjointement des fonctions de formation des personnes (professionnalisation) à partir du travail réel effectué pendant les stages cliniques pour les apprenants, d’évaluation des pratiques professionnelles et de constitution d’identités professionnelles communes.

Bibliographie
1. Lire partout infirmier, infirmière.édition Masson 2014
2. Lévy André, “Analyse des pratiques” in : Vocabulaire de psychosociologie, sous la direction de J. Barus-Michel, E. Enriquez, A. Lévy, Ramonville Saint Agne, Érès, 2002, p. 505-517.
3. Beillerot J. “L’analyse des pratiques professionnelles : pourquoi cette expression ?”, in : Analyser les pratiques professionnelles, Blanchard-Laville C., Fablet D., Paris, L’Harmattan, 2000, p. 384.
4. Beillerot J., p. 22.
5. Boutinet J.-P., L’Immaturité de la vie adulte, Paris, Éditions Puf, 1999, p. 197
6. Ibid. p. 197.
7. Ibid. p. 198.
8. Mauvais P., Potier M., “De l’émotion à la réflexion autour d’un travail d’équipe au service du petit enfant et de ses parents : l’analyse des pratiques professionnelles en école de puériculture”, in : Analyser les pratiques professionnelles, Blanchard-Laville C., Fablet D., Paris, L’Harmattan, 2000, p. 384.
9. DPC : Développement professionnel continu, décret 2022-2114 du 30 décembre 2011 relatif au DPC des professionnels de santé paramédicaux.
10. Isabelle Bonnaudet-Jousseaume dans les IFSI
11. Dominique millet-Bernard Seguier De l’analyse des pratiques professionnelles en formation-édition Nathan 2012


Par : SALHI Hakim


Professeur de l’enseignement paramédical.
INPFP

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